L’un des poèmes les plus célèbres de la littérature anglaise est le récit d’une histoire d’amour et de mort, de Edgar Allan Poe. À la symétrie du bilinguisme officiel, Blodgett et Brault ajoutent donc un corollaire qui en change la donne : la transfiguration réciproque. Il avait 29 ans. Dans L’homme invisible/The Invisible Man, Godbout lisait la preuve de l’ineptie du bilinguisme officiel. Passer par le renga permet donc à Blodgett et Brault de se rejoindre en terrain neutre et harmonieux. Au Québec, la menace que l’anglais dominant représente a pu être contenue par un pacte imposant le français comme langue véhiculaire. Dans le nouvel horizon où ils choisissent de se situer, celui du renga, chaque poème de l’un devient une offrande faite à l’autre. En effet, les poètes s’en prennent de manière particulièrement systématique à ce qu’Antoine Berman a décrit comme « la condition […] ancillaire de la traduction, qui répercute sur la condition des traducteurs » (1984 : 14). BibTeX, JabRef, Mendeley, Zotero, Bilinguisme officiel et traduction au Canada : les interprétations littéraires de Patrice Desbiens et de Jacques Brault / E. D. Blodgett, Bilinguisme officiel et traduction au Canada : les interprétations littéraires …, 1. je traverserais cette langue, je la traverserais jusqu’à ma langue propre (et inconnue), et au cours de cette traversée pénible et salutaire, je me perdrais dans l’autre et l’autre se retrouverait en moi » (1989 : 212)[4]. Par contre, il fait silence sur le versant français de cette douleur, sur la domination exercée par le Québec francophone. Le renga est cette traduction qui permet au poème d’aller ailleurs que dans la seule reproduction, et c’est l’un des sens que les auteurs donnent à leur titre (voir Blodgett 2000 : 17). Qu’ils en soient remerciés. Les plus célèbres poèmes en anglais La poésie anglaise est inimaginable sans Robert Frost. «Robert Lee Givre Robert Lee Frost 26 Mars, 1874, San Francisco — 29 Janvier, 1963, Boston, MA) — l’un des plus grands poètes de l’histoire des États-Unis, quatre fois lauréat du prix Pulitzer,» — dit Wikipedia. En relisant le poème d'AbrahaMosem sKlei n intitul «é The Rocking Chair », qui donne son … Il est formé de strophes composées en alternance par ses participants et s’enchaînant les unes aux autres suivant certaines règles. Eh bien ! Le premier oiseau qu’il retient, celui qui lui permet de faire entendre sa voix, est l’alouette (voir Brault in Blodgett et Brault 1998 : 11). En ce sens, elle rejoint les valeurs d’harmonie à la base du renga (voir Konishi 1975 : 42 ; Ogawa 2011 : 270-272). Quant à Blodgett, c’est bien lui qui affirmait, en introduction à son recueil d’études comparatistes intitulé Configuration. Certes, comme en témoigne l’incipit, c’est bien sur la page anglaise que l’homme invisible disparaît le plus complètement. Les interprétations disponibles accolent quasi systématiquement le mot « disparition » à L’homme invisible/The Invisible Man et lui donnent d’emblée une signification collective (ainsi, Lasserre 1995-1996 : 67 ; Paré 2007 : 1988 ; Lagacé 1999 : 86 ; J. Melançon 2008 : 6). Récit utopique, Transfiguration reste ancré dans l’histoire de la minorisation franco-canadienne qui se trouve au coeur de L’homme invisible/The Invisible Man. ! Il évoque à nouveau cette vision plus loin dans le texte, lorsqu’il affirme, encore une fois uniquement sur la page anglaise : Drunken French-Canadian fiddlers play sad music in the background. Tout le récit de Desbiens fait ressortir l’écart de poids symbolique entre les deux langues qu’il met symétriquement en regard[9]. Les univers mis en place dans Transfiguration et dans L’homme invisible/The Invisible Man se construisent précisément à partir de ce fondement de l’imaginaire national canadien, à partir des politiques officielles sur le bilinguisme. La reconnaissance officielle qui les caractérise, ici, justifie le présupposé de symétrie. Mais, tout autant, elle en reprend certains éléments, qu’elle transfigure – au sens cette fois où elle les améliore. De 1 immobile mouvement du poème Abraham MoseKleins , La chaise berçante[The RockingChair] , traduit de l'anglais par MarieFrankland ,Édition s du Noroît, 2006 [1948]. Essais critiques sur les littératures d’expression française en Amérique du Nord, Ottawa, Le Nordir (Roger-Bernard), 2001, p. 23-54. Il est également littéraire, la littérature québécoise ayant dès les années 1960 fait de l’emploi du français comme langue principale de ses textes le symbole du statut véhiculaire qu’il s’agissait de lui donner à l’échelle de la société (voir Leclerc 2010 : 189). Ces textes poétiques empruntent – mais pour les détourner – les codes de l’édition bilingue. Dix-sept ans plus tard, en 1998, paraissait Transfiguration, coécrit par le Québécois Jacques Brault et l’Albertain E. D. Blodgett. Il s’intéresse autant au cadre commun que le bilinguisme officiel leur procure qu’aux manières, divergentes, dont il s’en démarque. » Rien dans son discours – que Molson, la compagnie en question, ne fit jamais circuler en traduction française – ne permettait de conclure que ce protagoniste était effectivement en mesure de converser en français ; par contre, la mise en valeur du français comme composante de son identité lui permettait de se distinguer des Américains, et tel était le but explicite de cette publicité. La réécriture du bilinguisme officiel à laquelle procède Transfiguration transforme la traduction et le bilinguisme en actes bienveillants, en rapprochement choisi. Le renga est aussi transfiguration au sens où il vise au dépassement de soi dans l’échange avec l’autre. Dans le poème suivant, qui constitue sa réponse à celui de Brault sur l’alouette, l’élévation de l’oiseau devient explicite : Reprenant à Brault le lien entre alouette et extase, Blodgett entraîne l’oiseau plus loin encore dans la joie. Dans ses propos comme dans sa pratique, Blodgett fait écho à la « non-traduction » contre « l’idéologie traductionnelle du pareil au même » mise de l’avant par Brault dans Poèmes des quatre côtés (voir Brault 1975 : 204) et prône une non-annexion réciproque (voir Blodgett 2008 : 48-49). Elle invite à un comparatisme attentif aux divergences existant entre diverses modalités de la rencontre des langues, même quand ces modalités semblent rapprochées. Leur renga translingual se construit précisément contre la hiérarchie habituelle entre original et traduction, entre auteur et traducteur. […] Parmi les minorités de langue officielle, les anglophones du Québec affichaient un taux de bilinguisme de 61 % (comparativement à 6 % chez les anglophones dans le reste du Canada), alors que les francophones en dehors du Québec avaient un taux de bilinguisme de 87 % (comparativement à 38 % chez les francophones du Québec) » (Lepage et Corbeil 2013 : 4). As the dialogue advances, there is a progressive interconnection between the poets’ voices. Traductions en contexte de "poème sur" en français-anglais avec Reverso Context : Des blagues et un autre poème sur l'achat d'obligations constituent l'éditorial. Ainsi, l’anthologie de récits et d’entrevues Other Solitudes : Canadian Multicultural Fiction, publiée en 1990, se situe dans le sillage de la réponse qu’offre le multiculturalisme canadien – autre politique gouvernementale – au bilinguisme officiel. drame   But when two languages mingle relentlessly, […] translation is put to the test » (2006 : 9). Gratuit. Une sélection de poèmes de la catégorie ‘ Maladie ’ du site de poésie poetica.fr Catégorie:Poème anglais. Lorsqu’il l’est, il est source d’exotisme. In the narrow interstice between English and French lies a world as heterogeneous as the two sociolinguitic spaces it both joins and opposes. Fichier pdf du poème anglais Sea fever Étude pédagogique Sea-Fever By John Masefield I must down to the seas again, to the lonely sea and the … Continuer la lecture de « Sea Fever Poème anglais » Situer l’argument de Godbout par rapport au texte de Desbiens implique de relever la position spécifique d’où il émane. L’illégitimité mise en scène par Desbiens est donc plus polysémique que ne l’envisage Godbout. Conformément à l’égalité de statut des deux langues, les versions anglaise et française ont en outre toutes deux valeur d’original. De mémoire récente, la plus célèbre est celle de l’écrivain québécois Yves Beauchemin, qui, en 1991, avait qualifié les francophones du Canada vivant hors Québec de « cadavres encore chauds du fédéralisme canadien ». Ce genre d’ami peut être […] La conclusion de son poème montre pourtant que Blodgett n’est pas sourd au symbolisme de l’oiseau – et même qu’il en joue, lui juxtaposant un autre symbole politique canadien : Au pluriel, « solitudes » évoque les deux solitudes rendues célèbres par le romancier Hugh MacLennan (1945), comme si Blodgett avait répondu au cliché de Brault (l’alouette) par un autre cliché (les deux solitudes). Le contraste entre les deux types de rapport à la traduction est frappant. Le bilinguisme du récit semble être le principal vecteur de ces interprétations collectivistes pessimistes, que l’introduction de Robert Dickson (lui aussi poète franco-ontarien) programmait dès la publication en soulignant « l’à-propos de ce texte vis-à-vis [sic] une certaine condition franco-ontarienne de double dépossession » (in Desbiens 2008 [1981] : 18)[7]. Elle ne le préserve pas de l’invisibilité. Homi Bhabha (1996 : 54) présente cet espace comme « the contaminated yet connective tissue between cultures – at once the impossibility of culture’s connectedness and the boundary between », qui « introduce[s] into the polarization of liberals and liberationists the sense that the translation of cultures is a complex act […] that generates borderline affects and identifications […] ». Pas étonnant que l’homme invisible ait deux langues maternelles sur la page française et une seule – l’anglais – sur l’anglaise (voir Desbiens 2008 [1981] : 39). Un bon endroit pour lire ou apprendre un peu de poésie anglaise aux plus petits. Que le recueil soit avant tout descriptif, qu’il dépeigne le passage des saisons, que son lexique renvoie à la nature (et qu’il y soit question en particulier d’oiseaux[3], de fleurs et de la lune), qu’il célèbre l’amitié et enfin que ces éléments s’entremêlent avec une grande unité de ton sont autant de traits qui relèvent de ces règles (voir Konishi 1975). Certes, les écrivains français Rimbaud et Baudelaire, figures de la littérature mondiale que Desbiens récupère comme personnages, possèdent le statut nécessaire pour voyager vers la version anglaise ; mais ils ressortent dégradés de leur passage en Ontario français. EndNote (version X9.1 et +), Zotero, BIB Elle contredit les promesses du bilinguisme officiel, mais elle parodie aussi – la répétition d’un événement définitif démentant nécessairement celui-ci – les affirmations nécrologiques émanant du Québec à l’endroit des communautés francophones des autres provinces[12]. En termes traductologiques, on pourrait dire qu’il opte pour une équivalence fonctionnelle (voir Leclerc et Nolette 2014 : 269). Le discours sur, dans leur cas, est aussi un discours par. Néanmoins, plusieurs des composantes de l’univers de Transfiguration – à distance de la vie en société, et à fortiori des questions d’actualité sur le contact des langues officielles au Canada – peuvent être rattachées aux règles du renga. Chez Brault et Blodgett, le contexte de la loi réapparaît – véritable retour du refoulé –, malgré la démarche consciente que les poètes entreprennent pour s’y soustraire. Adoptant à cette fin une forme qui les rapproche singulièrement, tous deux empruntent – mais pour les détourner – les codes de l’édition bilingue. Nous utilisons des cookies et des outils similaires pour faciliter vos achats, fournir nos services, pour comprendre comment les clients utilisent nos services afin de pouvoir apporter des améliorations, et pour présenter des annonces. Pourtant, le passage qu’on vient de lire est la conclusion du séjour de l’homme invisible au Québec. Dans L’homme invisible/The Invisible Man (voir annexe 2), Patrice Desbiens occupe à lui seul tout l’espace de la page double. Friends are friends forever together ’till the end. L’inspiration que les poètes se reconnaissent – et à laquelle Blodgett assimile explicitement leur démarche dès l’incipit du recueil (voir Blodgett in Blodgett et Brault 1998 : 8) – est le renga, un art poétique japonais dont la popularité a culminé il y a plusieurs siècles (voir Horton 1993 : 443 ; Brazell et Cook in Konishi 1975 : 29). La douloureuse traduction culturelle de l’incipit de L’homme invisible/The Invisible Man est certes récurrente à travers le texte, mais elle s’enrichit fréquemment d’un potentiel de transfiguration. À première vue, avec un seul texte par page, il maintient davantage que Blodgett et Brault la division des langues entre la page de gauche et celle de droite. As a result, this article’s conclusion calls for a comparatism that, instead of limiting its exploration to the differences between English and French or even their contact zone, concentrates on the different relationships with translation emanating from that very zone. poèmes   Le lien avec le bilinguisme officiel n’est pas explicite dans le texte de Blodgett et Brault. C’est dire qu’en plus d’offrir une parodie du bilinguisme officiel, Desbiens offre une parodie… de cette parodie. Dans son ignorance, ce personnage du nom de Pauline n’est pas si différent de Blodgett, dont la dénonciation du bilinguisme officiel réduisait celui-ci à une relation « Canadian-Québécois » (1982 : 32). Gidsen Sint-Jan. Rood wit, ben blij dat 'k bij Sint-Jan zit! LeclercUniversité McGill, Montréal, Québeccatherine.leclerc@mcgill.ca, Volume 59, Numéro 3, Décembre 2014, p. 494–516Traduction et plurilinguisme officiel, Tous droits réservés © Les Presses de l’Université de Montréal, 2015. Ainsi, le « but time/made flesh » de Blodgett, traduit par Brault par « mais le temps/fait chair » (Blodgett et Brault 1998 : 82), devient dans le poème suivant de Brault « c’est encore elle la chair du temps » (Brault in Blodgett et Brault 1998 : 83), avant de redevenir flesh dans la traduction de Blodgett : « there it is again the flesh of time » (Blodgett in Blodgett et Brault : 83), sans qu’on sache avec certitude où les voix des poètes se relaient. C’est ce dialogue que le présent article examinera. Sur ce point, Desbiens déjouait avec L’homme invisible/The Invisible Man jusqu’aux attentes de son éditeur, dont le projet était de permettre aux anglophones, interlocuteurs quotidiens des Franco-Ontariens, d’avoir accès dans leur langue à l’oeuvre du poète (voir Tremblay 1996 : 206-207). Et aussi une manière simple d'améliorer son propre anglais. Sans doute est-ce à propos de ces traductions que le jury des Prix littéraires du Gouverneur général louait la « virtuosité » et la « précis[ion] » de la langue de Brault[2]. poésie   Le Brasier Shelley : Film sonore (France Culture / Création on air). En ce sens, il propose un comparatisme portant non seulement sur les imaginaires respectifs de l’anglais et du français au Canada et sur leurs zones de contact, mais surtout sur les enjeux des différents types de rapports à la traduction émanant de telles zones. Le bilinguisme: définition Idées reçues Les avantages Le bilinguisme: définition Définir le bilinguisme en quelques mots est problématique car tout comme chez les monolingues, le langage des individus bilingues peut avoir différentes caractéristiques. Au contraire, Transfiguration semble se caractériser par un éloignement de tout enjeu politique. Le bilinguisme est la faculté de parler ou d'écrire couramment deux langues. littérature   Portrait de Percy Bysshe Shelley par Alfred Clint, en 1819. Toutefois, la page française n’a pas pour lui une fonction de refuge. L’absence de hiérarchie recherchée est d’ailleurs le premier aspect du texte à être présenté en note liminaire : A renga is a poem for one-legged dancers. Chez les enfants canadiens-anglais, l’oiseau qu’on plume de la chanson traditionnelle constitue souvent l’une des premières évocations du Canada français. L’équivoque est encore plus apparente en ce qui concerne les politiques de traduction associées au bilinguisme officiel. Le détournement de la formule de l’édition bilingue auquel s’adonnent Desbiens d’un côté et Brault et Blodgett de l’autre a reçu d’emblée, dans les deux cas, une interprétation critique en lien, mais aussi en contraste, avec les politiques canadiennes sur les langues officielles. traduction poème dans le dictionnaire Francais - Anglais de Reverso, voir aussi 'poêle',poète',posément',potée', conjugaison, expressions idiomatiques Pour d’autres exemples de clignotement plus ludique, voir Leclerc et Nolette 2014 : 272-273. Transfiguration illustrates the desire to exploit translation’s potential to scramble ownership and property.